La vie SDF au Luxembourg

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Les institutions sociales au Luxembourg: 7. Jugend an Drogenëllef.


7c. Kontakt 28 - une lumière dans l'obscurité.


Une lumière dans l'obscurité
«Je peux avoir une cigarette, s'il-vous-plaît, monsieur?», un "tox" m'a demandé lors de ma dernière visite à Kontakt 28. Une petite phrase isolée dans une situation particulière, on peut dire. Ou bien, au contraire, en voir un exemple plus que parlant de la différence fondamentale de cette institution de Jugend an Drogenëllef et les foyers de la Caritas et de Streetwork, de la Stëmm vun der Strooss et autres. «Donne-moi une cigarette!», on m'y dit, ou montrant du doigt ou de la tête sur mon briquet pour me faire savoir que monsieur a besoin de feu. Pas de merci, si je leur donne, insultes et même le risque d'avoir une claque, si je refuse (notamment au Courage, avec toute cette bande de vendeurs de drogues et autres criminels arabes). Différence liée à la clientèle (presque exclusivement des résidents au Kontakt 28 contre une très forte majorité d'immigrés dans les autres endroits)? En partie, sans aucun doute. Ces privilégiés, qui débarquent ici pour profiter de notre système social, me semblent (en majeure partie) jamais avoir entendu parlé de politesse et de respect. Et puis, avant leur arrivée, le comportement civilisé était aussi d'habitude dans des endroits comme la Téistuff.
Mais, la raison profonde de la différence entre cette place, où les vieilles gens peuvent aller en tranquillité et en sécurité et ces endroits, où il n'est pas possible de trouver juste un petit moment sans bruit, hurlements et musique mis à fond, endroits, où on me dit que ma place serait dehors (Courage) ou que les places assises seraient réservés pour eux (Streetwork Uewerstad), est une toute autre. On peut la voir et la sentir, dès qu'on y entre: Le personnel derrière le comptoir, en contact direct avec les clients, en dialogue constant avec eux, à la fois concernant leurs problèmes et les choses de la vie du jour ou de tous les jours, entretiens identiques à ceux qu'on entend entre les "gens réguliers" qui se croisent dans la rue. Leur demander, s'ils voudraient un café ou quelque chose à manger. Sans donner l'impression de leur vouloir imposer quelque chose. Et, puis, ce dialogue est toujours marqué par le respect et la politesse. Des douzaines de fois, qu'on les entend dire "s'il-vous-plaît" et "merci". Peut-être les "tox" sentent de la gentillesse et de la chaleur humaine dans leurs propos. En tout cas, ils font tout autant; envers le personnel et entre eux.
Laissant faire ceux, qui ne respectent pas les autres, c'est refuser le respect à ceux qui se comportent "normalement". Refusant de sanctionner ceux qui volent et tapent chez la Caritas, ne pas déranger ceux qui rendent fous les autres avec leurs cris et musique chez Streetwork m'ont chassé de ces places, où j'allais régulièrement (notamment l'hiver ou quand je n'avais pas de sous pour acheter du café). Au Kontakt 28, c'est tout-à-fait le contraire! Le personnel ne tolère pas le bruit, intervention immédiate quand quelqu'un se met à crier. Écouter de la musique, regarder des vidéos ou faire des jeux sur smartphone sans casque, interdit d'office. Ceux qui ne s'y tiennent pas sont avertis (poliment, une nouvelle fois). Et s'ils ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre, sont mis à la porte. «Nous ne pouvons quand même pas les jeter dehors pour cela», on dit chez la Caritas. Autre fois, on pouvait et au Kontakt 28, on le fait toujours. Mon respect à cette équipe, qui donne un sens à ce mot, qui tend à disparaître de notre réalité! Qui est une source de lumière dans l'obscurité qui a envahi les centres sociaux au Grand-duché de Luxembourg durant ces dernières années.
Le fait, que le personnel tutoie tout le monde, y compris ceux qui les vouvoient, m'a fortement dérangé dans le temps, après ces mois passés en tant qu'"être inférieur" au Foyer Ulysse. Que j'avais droit au vouvoiement, au début, jusqu'au moment, où pour la première fois, je leur demandais de l'aide (si je me rappelle bien, c'était pour avoir une paire de chaussettes), est une raison pour moi de me poser des questions. Mais, j'ai arrêté de m'énerver et de me fâcher pour cela. Les jeunes, éducateurs ou autres, ont une conception différente de la notion de politesse que nous; je pense aussi, que la manière, dont ils abordent les clients, est en partie, ce qu'on leur apprend lors de leurs études (d'ailleurs les éducateurs plus âgés n'ont généralement pas de problèmes de vouvoyer des sans-abri). Quoi qu'il en soit, Kontakt 28 est le seul endroit, où je peux aller pour me reposer sans devoir avoir peur d'être emmerdé, chassé, volé ou tapé, sans sortir avec des maux de tête à cause du vacarme, sans me demander comment on peut tomber aussi bas pour aller à un tel endroit, juste parce qu'on a froid ou faim. Malheureusement, ils n'ont ouvert que le matin. Bien-sûr, cela coûterait plein d'argent pour engager des gens afin d'assurer l'ouverture durant toute la journée. Mais, quand on voit, que notre système social dépense des centaines de milliers d'euros pour rendre la vie agréable et à faire passer le temps à ceux, qui ne feront jamais autre chose dans ce pays que crier «Donne-moi! Donne-moi!» du matin au soir, est-ce que ce serait vraiment si faux de penser un petit peu plus à ceux qui ont travaillé ici? Probablement pas. Mais, malheureusement, le contraire de ce que nos Ministres de la Famille et de la Santé et leur chef entendent par justice sociale...
allu, avril 2019