La vie SDF au Luxembourg

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Le respect et la dignité humaine dans les centres sociaux.


Un endroit pour boire pour des parasites et des crimminels
Pourquoi il est important que des voyous et criminels du monde entier ont une place où ils peuvent boire (faire du business et discuter leurs affaires illégales) est manifestement une réalité trop complexe pour rentrer dans ma tête de clochard stupide. En tout cas l'explication du directeur de Caritas Accueil et Solidarité «Ce sont des êtres humains, par conséquent nous devons êtres là pour eux» ne m'a pas trop convaincu. D'autant plus qu'avec leur arrivée au pays, les SDF d'ici doivent de plus en plus avoir peur pour leurs affaires (et même leurs os) pour entrer dans les centres sociaux. Et puis, lorsqu'on lit dans le journal que le pourcentage des gens honnêtes, qui ont des problèmes à payer leur loyer ou à rembourser leur prêt et qui sont forcés de financer ces soi-disant foyers pour SDF, est en constante augmentation...
«Donne-moi! Donne-moi!», ils crient du matin au soir et plus qu'ils crient, plus qu'ils reçoivent. Pour beaucoup de familles de gens qui travaillent tous les jours, devoir renoncer à plein de choses est devenu une triste réalité; ces privilégiés qui viennent ici réclamant des droits (et qu'ils ont, les éducateurs le nous répètent durant toute la journée) ne devront pas se faire des soucis dans leur nouvelle patrie. «Il faut que tu les respectes!», on nous dit. Faut-il vraiment respecter ceux qui viennent ici pour ne jamais faire rien d'autre que de se soûler et de gueuler, qui n'ont aucune politesse, aucun respect ni devant les gens, ni devant leurs affaires, qui nous volent et cassent et enlèvent par la force tout ce que nous possédons (du mois tout ce qui les intéresse), qui se livrent des bagarres brutales à cause de leur business illégal? «Il faut essayer de les comprendre. Ils voient toute cette richesse ici et veulent l'avoir aussi», m'a expliquer le directeur de la Caritas. Que les avoirs des gens honnêtes seraient les fruits de leur travail, je lui ai répondu. Mais dans leur politique actuelle (comme la politique sociale en générale, nationale tout comme européenne), il n'y a pas de place pour de tels arguments. On préfère avoir de la compréhension pour ceux qui volent en en déclarant coupables ceux qui ont été volés. Est-ce vraiment si faux de prétendre que non seulement les institutions sociales mettent leur foyers à la disposition de criminels, mais encore, en refusant de sanctionner ceux qui volent, cassent et tapent, favorisent ces actes et en protègent les auteurs?
Si tu ne veux pas être volé, reste dehors
Les centres sociaux ont été conçus pour les gens d'ici, notamment aussi en ce qui concerne le nombre de place. Avec l'afflux de ces jeunes du sud et de l'est (phénomène que personnellement j'appelle "immigration sauvage", car elle se déroule en dehors de tout programme officiel en rapport avec les réfugiés ou demandeurs d’asile), le nombre de personnes accédant aux foyers de jour a explosé; j'estime à 80% (à certains endroits même bien plus) le taux des non-résidents. On pourrait croire que notre système social veillerait à ce que ceux, qui ont aidé à construire ce pays, auraient la garantie d'une place au chaud et au sec (au moins durant l'hiver), mais la réalité est plutôt que ce sont ceux qui ont le plus de non-respect et les plus grands poings qui en ont le droit. Nous insulter, menacer, bousculer, cracher sur ou taper dans nos affaires est une méthode couramment utilisée pour obtenir une table ou une chaise ou pour chasser ceux qu'on n'y tolère pas. «Mets-toi à une autre table!», disent les éducateurs. Qu'est-ce autre que respecter ceux qui ne respectent pas (donc ne pas respecter les autres), favoriser les agressions (verbales tout comme physiques), inciter ces jeunes voyous à aller toujours plus loin pour avoir de plus en plus de ce qui avant était pour nous et, chose non négligeable, inciter les gens d'ici à de plus en plus se comporter de la même façon. «Si on m'y dit "I will kill you!", je n'y vais plus y aller», une fille luxembourgeoise m'a raconté l'autre jour ses expériences à l'Action d'Hiver. N'est-ce pas entièrement détourner la réalité de prétendre qu'elle resterait dans la rue par son propre choix, parce qu'elle ne voudrait pas se laisser aider?
Devoir accepter de me laisser appeler sale chien, me laisser cracher sur mes affaires, me laisser bousculer et chasser, comme d'ailleurs aussi être forcé d'écouter les hurlements et la musique à fond des autres durant toute la journée, pour avoir la possibilité de profiter des foyers de jour, en particulier pour pouvoir être quelques heures au chaud durant l'hiver, signifie pour moi devoir renoncer à ma dignité humaine pour pouvoir y aller. La dignité humaine, devenue un mot-clé dans mes pensées ces derniers mois, fait partie des Droits de l'Homme (c'est en quelque sorte la base de tous les Droits de l'Homme) et je pense que, moi-même, comme tout autre citoyen de ce pays, qui s'appelle civilisé, démocratique et qui a signé cette convention, je devrais en bénéficier. Si beaucoup de choses sont discutables, ce droit, j'ai le droit d'y avoir droit et pour moi, avec la situation, telle qu'elle se présente actuellement dans les centres sociaux, c'est me le refuser!
C'est le 7 avril 2017 au «Courage» (centre de jour de la Caritas) où j'ai vécu cette expérience enférique qui a abouti à la création de ce site Web avec mes textes concernant le système social au Luxembourg. L'un de ces "tarés" avait cassé l'écran de ma tablette, la 5e fois que je perdais tout ce qui me tient à cœur. Abattu par la tristesse et le désespoir je me mettais à crier, finissant par casser moi-même ce qui ne l'était pas déjà. Et puis l'une des jeunes éducatrices de me dire: «Si vous ne voulez pas être volés, personne ne vous dit que vous devez venir ici!» J’ai bien essayé, mais sans y arriver, de voir s'il y a une différence réelle entre cette phrase et «Soit tu acceptes qu’ils te volent et cassent tes affaires, soit tu peux rester dans la rue!» (Plus tard, j'ai demandé des explications au directeur de Caritas Accueil & Solidarité; il n’a pas jugé nécessaire de me donner une réponse) J'ai raconté cette histoire à des douzaines de gens et pratiquement tout le monde était d'accord avec moi: Des centres sociaux, où des voyous et criminels du monde entier sont gâtés comme des princes, tandis que les SDF d'ici doivent accepter de se laisser terroriser, voler et taper... Honteux, répugnant, scandaleux! Jamais justifiable! Inacceptable du point de vue dignité humaine et Droits de l'Homme! Indépendamment de mes problèmes avec le froid en restant dehors durant toute la journée, il était hautement temps d'agir!
Si personne ne fait quelque chose, rien ne changera
Devoir endurer. Endurer les hurlements et la musique, les insultes et les menaces. Endurer d'être bousculé et d'être chassé. Endurer qu'ils volent et cassent nos affaires. Exposé à la terreur de ces jeunes criminels tout comme aux caprices de ceux qui voient leur devoir à les gâter. Sans avoir de possibilité de nous défendre. Du moins ceux qui n'ont pas appris à taper et arrivent à se faire respecter en le faisant. Sans défense, mais aussi sans voix. Qui s'intéresse à ce que raconte un sans-abri? Qui lui croit quand il se plaint de ce qui lui arrive dans les foyers de jour? Qui pourrait le prendre au sérieux, les éducateurs faisant tout pour le rendre incrédible, en premier lieu grâce à cette phrase qui arrange tellement bien les "gens réguliers": «Nous ferions tout pour lui, mais il ne veut pas se laisser aider!» Résignation et désespoir, perte de toute confiance, de toute force, de toute volonté. Et le plus souvent, cela signifie se laisser de plus en plus aller, se concentrer sur la bouteille et les cachets et par là, définitivement ne plus être écouté par qui que ce soit. Continuer à endurer, continuer à souffrir et cela te dévore intérieurement comme un cancer. Parfois cela sort, tu exploses, tu te mets à gueuler avec les gens, tu tape du pieds contre les poubelles, tu te cogne toi-même ta tête contre le sol. «C'est parce qu'il dort dehors toute l'année. Et parce qu'il est trop souvent seul», disent les éducateurs. Alors que ce n'est rien d'autre que le désespoir!
«Si personne ne fait quelque chose, rien ne pourra jamais changer!» Cela paraît évident. Mais avec le temps qui passe et les mauvaises expériences que tu fais, tu finis par ne plus y croire, te consolant avec une phrase beaucoup plus réaliste: "De toute manière, on ne pourra rien changer!" J'ai contesté le fonctionnement de notre système social et la situation dans les centres pour SDF dès le début de ma vie en marge de la société (et se n'est vraiment pas par cela qu'on acquiert le respect des gens qui travaillent dans le social). Des discussions sans fin, des moments de "fou de rage", quelques articles publiés dans la Stëmm. Mais cela n'a jamais mené plus loin que de me casser la tête contre un mur. «Vous vous plaignez au mauvais endroit», C. Kaiser, assistant social du Service de Proximité de la Croix Rouge m'a toujours dit. Que je devrais en parler à ceux qui font les règles et les lois, ceux qui ont le pouvoir de prendre les décisions. Ou bien ceux qui font l'opinion publique et par là ont la possibilité de "faire peur" à ceux qui décident des autres. Encore une fois, cela paraît évident. Mais comment quelqu'un qui n'a plus de confiance en soi-même et encore moins aux autres, pourrait trouver la force et la volonté d'aborder ces gens? Tout seul, personne qui ne parle pour toi et personne qui te prends au sérieux, à quoi ça sert de te mentir à toi même et de t'imaginer que l'espoir existe réellement?
Le désespoir peut te rendre malade, le désespoir peut même te tuer. Mais, de l'autre côté, il n'y rien au monde qui mobilise autant de forces que justement le désespoir. Le cas le plus parlant, ce sont les révolutions. Des gens désespérés qui ne voient plus aucun futur et ... se soulèvent. C'était aussi un peu mon cas. Après les évènements du 7 avril au Courage, qu'est-ce que je pourrais encore attendre dans ce pays? "Soit tu les laisses faire quand ils te volent, soit tu peux rester dans la rue (et y crever)!" Choquant, scandaleux, pervers. Mais surtout me prenant tout espoir. Je suis resté durant 3 jours couché dans la rue, sans parler et pratiquement sans manger. Juste voulant mourir, enfin avoir un endroit où personne ne pourrait plus me faire mal. Je n'y ai pas réussi. Et je me suis rendu compte que la seule façon de ne pas continuer éternellement à souffrir, c'est d'essayer de vraiment me battre. Je me suis traîné dans la rue d'Anvers, chez Jugend an Drogenhëllef, espérant y revoir ce monsieur plein d'intelligence et de sagesse, de dévouement et de vitalité que j'avais rencontré à Abrigado, le temps que j'y passais mes journées. S'il y avait une personne qui m'écouterait et qui me comprendrait, alors ce serait Philippe. Et s'il y avait une possibilité pour me défendre contre ce qui était en train de m'arriver, alors ce serait lui qui la trouverait et qui pourrait m'y aider. Merci, grand-homme, de la part de tous ceux parmi nous, qui ont la chance de te rencontrer!
 
 
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